À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (la Cour africaine) et la Fédération des journalistes africains (FAJ) rendent hommage aux journalistes tués, blessés, détenus illégalement, menacés ou autrement victimes de représailles en raison de leurs activités professionnelles. Nous reconnaissons les préjudices durables subis par leurs familles, leurs collègues et leurs communautés et affirmons la nécessité de voies de recours effectives, de justice et de responsabilité.
Le thème mondial de 2026, « Les menaces évoluent. L’impunité perdure », attire l’attention sur l’évolution des méthodes par lesquelles les journalistes sont exposés au danger, en particulier dans les situations de conflit. Le développement de nouvelles technologies et de nouvelles armes ne réduit en rien les obligations des États, au titre du droit régional et international des droits humains applicable, de respecter, protéger et garantir les droits des journalistes et des travailleurs des médias.
Les journalistes remplissent une fonction publique essentielle en recueillant et en diffusant des informations et en permettant le débat public sur des questions d’intérêt général. Leur sécurité est donc étroitement liée à l’exercice effectif des droits à la liberté d’expression et à l’accès à l’information, ainsi qu’à la reddition de comptes, à la participation démocratique et à l’État de droit. Les attaques contre les journalistes entravent l’exercice de ces droits et portent atteinte à la capacité du public de recevoir des informations et de demander des comptes aux autorités publiques.
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples garantit notamment les droits à la vie, à la dignité, à la liberté, à la sécurité, à un procès équitable, à l’information et à la liberté d’expression. Toute restriction à l’exercice de la liberté d’expression doit être conforme à la Charte et aux normes applicables en matière de droits humains.
Les mesures qui restreignent indûment le travail de reportage ou imposent des sanctions disproportionnées pour l’expression journalistique peuvent être incompatibles avec les protections garanties par la Charte et les normes applicables en matière de droits humains. La Cour africaine a appliqué ces principes dans des affaires portant sur l’exercice de la liberté d’expression par des journalistes, notamment en affirmant que les restrictions à ces droits doivent être conformes aux exigences de la Charte. Dans son arrêt de référence Lohé Issa Konaté c. Burkina Faso, la Cour a conclu que l’emprisonnement et les autres sanctions imposées à un journaliste pour diffamation étaient disproportionnés et violaient son droit à la liberté d’expression.
« La protection des journalistes est une obligation juridique et une condition essentielle à l’exercice effectif de la liberté d’expression et du droit d’accès à l’information. Lorsque les attaques ne font pas l’objet d’enquêtes efficaces et que leurs auteurs ne sont pas tenus responsables, l’impunité prospère, prive les journalistes victimes et leurs familles de justice et accroît le risque de nouvelles violations. C’est ce que nous continuons d’observer dans presque toutes les régions du continent. Cette injustice envers les journalistes doit cesser. Les États doivent garantir que les journalistes puissent exercer leur métier en toute sécurité, librement et indépendamment, conformément aux obligations qui leur incombent en vertu de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et du droit international des droits humains », a déclaré Omar Faruk Osman, président de la Fédération des journalistes africains (FAJ).
Pour la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, la protection des journalistes est étroitement liée à la protection de la liberté d’expression, à l’accès à l’information et à l’État de droit.
« Les journalistes jouent un rôle essentiel en informant les sociétés et en favorisant la reddition de comptes. Lorsqu’ils sont menacés, attaqués ou soumis à des restrictions illégales en raison de leur travail, les conséquences vont au-delà du journaliste concerné et portent atteinte au droit du public à l’information. Les États ont le devoir de prévenir de telles violations, de mener des enquêtes efficaces et de garantir l’accès à la justice ainsi qu’à des recours appropriés. Mettre fin à l’impunité est essentiel à la protection de la liberté d’expression, des droits humains et de l’État de droit », a déclaré l’Honorable Juge Blaise Tchikaya, Président de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.
La Cour africaine et la FAJ rappellent que les États sont tenus de faire preuve de diligence raisonnable pour prévenir les attaques contre les journalistes, protéger les personnes exposées à des risques et veiller à ce que toute violation présumée fasse rapidement l’objet d’une enquête indépendante, impartiale et efficace. Lorsqu’il existe des éléments de preuve suffisants, les personnes responsables de crimes commis contre des journalistes devraient être poursuivies et, en cas de condamnation, faire l’objet de sanctions proportionnées à la gravité de l’infraction. Les journalistes victimes et leurs familles doivent avoir accès à des recours effectifs, y compris, le cas échéant, à une réparation. Ces mesures sont nécessaires pour respecter l’obligation de protéger les droits humains et empêcher que l’impunité ne favorise de nouvelles violations.
Les mesures de protection requises doivent tenir compte de l’ensemble des risques auxquels les journalistes sont confrontés, notamment les meurtres, les agressions physiques, les arrestations ou détentions arbitraires, les menaces, l’intimidation, la surveillance, le harcèlement judiciaire et les abus facilités par la technologie. Les États devraient prendre en considération les risques particuliers auxquels sont exposées les femmes journalistes, notamment les menaces fondées sur le genre et les violences en ligne. Les journalistes doivent également être protégés lorsqu’ils couvrent des élections, des manifestations, des situations d’urgence et des conflits armés, conformément au droit applicable en matière de droits humains et, dans les situations de conflit armé, au droit international humanitaire.
En ce jour, la Cour africaine et la FAJ se souviennent des journalistes dont les droits ont été violés en raison de leur travail et réaffirment qu’une protection effective exige la prévention, la responsabilité et l’accès à la justice. Nous appelons les États, les autorités judiciaires et les services chargés de l’application de la loi ainsi que les autres acteurs concernés à donner effet à ces obligations et à garantir un environnement dans lequel les journalistes peuvent travailler sans craindre la violence ni les ingérences illégales.
La protection des journalistes sauvegarde les droits des personnes et du public, renforce l’administration de la justice et soutient l’État de droit. Mettre fin à l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes constitue donc une obligation de justice et est essentiel pour faire progresser la protection des droits humains, la responsabilité et l’État de droit.
Pour plus d’informations, veuillez contacter:
Mr. Pa Louis Thomasi | Head of Secretariat | Federation of African Journalist (FAJ) | E-mail: faj@fajafrica.org; louis.thomasi@ifj-afrique.org | Dakar, Senegal
Mme. Chipiliro Kansilanga Ngue | Chef de la communication | Cour africaine des droits de l’homme et des peuples | Union africaine | E-mail: Chipiliro.Kansilanga@african-court.org | Arusha, Tanzanie.



